Aigue-marine

Comme on peut s’y attendre de la part d’une gemme dont le nom signifie « eau de mer », l’Aigue-marine capte toute la beauté de la mer. C’est l’une des gemmes les plus connues, qui se distingue par de nombreuses qualités. Elle est presque aussi populaire que les classiques Rubis, Saphir et Émeraude. En fait elle est parente de l’Émeraude, toutes deux appartenant à la famille des Béryls. Cependant la couleur de l’Aigue-marine est plus unie que celle de l’Émeraude. Et elle est quasiment exempte d’inclusions, qui sont bien plus rares que chez sa célèbre cousine verte.

Bien que l’Aigue-marine et l’Émeraude appartiennent à la même famille, elles sont étonnamment différentes. Toutes deux sont des silicates de béryllium et d’aluminium. Mais la couleur de l’Émeraude est due à des traces de chrome et/ou de vanadium, alors que celle de l’Aigue-marine provient du fer. Par ailleurs, l’Émeraude tend à être voilée et chargée d’inclusions, tandis que l’Aigue-marine a généralement une transparence et une clarté exceptionnelles.

La couleur de l’Aigue-marine va d’un bleu pâle presque indiscernable à un franc bleu marine. Plus elle est intense, plus la gemme acquiert de la valeur. Certaines Aigues-marines diffusent un léger reflet verdâtre ; cela aussi est un trait typique. Toutefois c’est son pur bleu clair qui caractérise le mieux l’Aigue-marine, en faisant si bien ressortir sa transparence immaculée et son magnifique éclat.

L’Aigue-marine est une variété de Béryl, un minéral incolore dans sa forme pure. Les autres variétés de Béryl, qui sont toutes identiques et ne diffèrent que par leurs teintes, comprennent l’Émeraude (du vert au bleu-vert), la morganite (rose), la goshénite (incolore), la maxixe (d’un bleu foncé très particulier), l’héliodore (du jaune clair au jaune d’or), le béryl vert (du vert pâle au jaune-vert) et le rare Béryl rouge sombre. Le Béryl est classé comme allochromatique, car sa coloration est due à des traces d’impu¬retés qui ne sont pas intégrées à sa formule chimique de base, mais ont été piégées dans son réseau cristallin, ce qui donne lieu à un spectre de couleurs fascinant.

L’Aigue-marine se présente dans tous les degrés de transparence, depuis la clarté de la glace jusqu’à l’opaque. Comme toutes les gemmes naturelles, les cristaux d’Aigue-marine contiennent parfois des inclusions, dont de longs tubes étroits bien caractéristiques, parfois remplis de liquide et de bulles de gaz. Divers cristaux peuvent également être inclus et, lorsqu’ils sont abondants, provoquer le phénomène rare de chatoyance (œil de chat) ou d’astérisme (étoile). Cependant l’Aigue-marine est réputée produire des cristaux d’une clarté immaculée.

Le bleu lumineux de ce noble Béryl est de plus en plus apprécié. Ses diverses nuances ont reçu des noms mélodieux : les rares Aigues-marines d’un bleu intense de la mine de Santa Maria de Itabira, au Brésil, qui font battre le cœur de tout amoureux des gemmes, sont appelées « Santa Maria ». Des nuances similaires sont extraites de quelques mines d’Afrique, en particulier du Mozambique. Pour les distinguer de leurs sœurs brésiliennes, ces Aigues-marines ont été dénommées « Santa Maria Africana ». La couleur « Espirito Santo » des Aigues-marines provenant de la région brésilienne du même nom est un bleu un peu moins intense. Une autre belle couleur a reçu le nom de la reine de beauté brésilienne de 1954, « Martha Rocha ».

Dans la tradition moderne, l’Aigue-marine est la pierre porte-bonheur des natifs de mars. Symbole de fidélité entre jeunes mariés, c'est un beau cadeau censé leur garantir un mariage heureux. Elle commémore en outre la 19e année de mariage, et est associée aux signes zodiacaux de la Vierge et du Scorpion.

Histoire et légendes de l’Aigue-marine

Le nom d’aigue-marine est dérivé des mots latins « aqua » et « marina » qui signifient « eau » et « mer ».
L’aigue-marine est entourée de mythes et légendes. Elle a été élevée au rang de symbole par les anciens Romains, Sumériens, Égyptiens, Hébreux, et plus tard les Chrétiens. Elle était réputée soigner de nombreuses maladies et afflictions, et invoquer l’amour, le bonheur et la jeunesse éternelle. On disait que l’aigue-marine était convoitée par les sirènes, et le philosophe antique Pline a ainsi décrit cette gemme mystique : « La magnifique aigue-marine, qui semble issue du trésor d’une sirène dans les profondeurs d’une mer d’été, possède un charme indéniable. »
L’aigue-marine a été une des premières à être utilisée en bijouterie : entre 480 et 300 avant J.-C, les Grecs s’en servaient déjà pour confectionner des bijoux. Plus tard, à l’époque de la République Romaine, les Romains s’en sont emparés avec l’invention des camées, des bagues et des boucles d’oreille. Les Grecs et les Romains estimaient en outre que le pendentif aigue-marine protégeait les marins : ceux-ci portaient des amulettes en petites aigues-marines brutes, opaques ou translucides (mais aussi, parfois, des cristaux de belle qualité), censées les tirer sains et saufs de mers tempétueuses et leur assurer un bon voyage.

Sources de l’Aigue-marine

L’exploitation moderne de l’Aigue-marine a débuté quand des gisements très importants ont été découverts au Brésil en 1811. Des Aigues-marines de qualité gemme, très fines et d’un bleu intense, sont extraites actuellement dans l’état de Minas Gerais et dans d’autres endroits au Brésil, qui est le premier producteur mondial.

D’autres gisements importants se trouvent dans les Monts Oural et à Andun Chulon, en Sibérie. Des cristaux dont la couleur, proche de celle des Saphirs de Ceylan, ne ressemble à nulle autre Aigue-marine proviennent de Magadascar. On en trouve également en Namibie, au Pakisan, aux Etats Unis, au Mozambique, Nigéria, Kenya, Zimbabwe, en Australie, Birmanie, Inde et Chine.

Valeur et traitements de l’Aigue-marine

Pour estimer la valeur d’une Aigue-marine, les principales considérations à prendre en compte sont l’intensité de sa couleur et sa clarté. Les autres critères qui entrent en ligne de compte sont les nuances de la couleur et la qualité de la taille.

Une Aigue-marine est toujours d’un bleu pastel, mais plus la couleur est profonde, plus elle a de la valeur. Les connaisseurs vont choisir un bleu pur, sans nuances vertes ou grises. Cependant, des bleus plus doux et subtils sont tout de même très appréciés.

Des couleurs plus saturées sont rares dans les petites tailles : habituellement, il faut viser de plus grandes tailles pour obtenir des nuances plus sombres. Les Aigues-marines d’un bleu pur et profond, d’une clarté exceptionnelle et superbement taillées, pesant 3 carats ou plus, sont évidemment les plus précieuses.

Les Aigues-marines de la meilleure qualité sont claires et transparentes, mais certaines gemmes peuvent contenir des inclusions en forme de longues aiguilles étroites, une « marque de fabrique » de la famille des Béryls. Des traces alignées de minéraux étrangers – un phénomène rare – créent un effet d’œil-de-chat (chatoyance) ou d’étoile à six branches (astérisme) d’un vif éclat. Les Aigues-marines en étoile ou en œil-de-chat, taillées en cabochon, sont généralement d’un prix élevé.

Les nuances plus sombres d’une Aigue-marine sont souvent le résultat d’un traitement à la chaleur destiné à rehausser sa couleur. Ce traitement élimine aussi les tons verts, jaunes ou bruns. Après leur taille, les pierres sont chauffées entre 400 et 450°C, ce qui les rend d’un bleu plus vif et désirable, qui demeure stable et permanent. (Des températures plus élevées provoqueraient une décoloration.) Cette pratique est tolérée dans le commerce de la joaillerie et des pierres précieuses. Les gemmes taillées dans la fameuse « Aigue-marine Papamel » ont été les premières à subir avec succès un traitement à la chaleur.